Débat truqué sur le traité constitutionnel

http://www.monde-diplomatique.fr/2005/02/CASSEN/11908

Débat truqué sur le traité constitutionnel, Le Monde Diplomatique, Feb. 2005
Jusqu’à fin 2006, la grande affaire européenne va être la ratification, par les vingt-cinq membres de l’Union, du traité établissant une Constitution pour l’Europe. Qu’elle s’effectue par la voie parlementaire ou par référendum, l’approbation d’un document affichant une telle ambition aurait dû être précédée du bilan de l’action de l’Union, en particulier à l’égard de ses partenaires d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (lire « Ces accords que Bruxelles impose à l’Afrique »), et d’un examen exhaustif de son contenu. Ce n’est pas le cas. Le débat, lorsqu’il a lieu, évacue à dessein la troisième partie d’un traité dans lequel dominent les termes « marché », « banque », « concurrence » ou « capitaux ».
75% des gens qui votent pour Bush pensent qu'il y a un lien entre les attentats du 11 septembre et la guerre en Irak ou plus précisément entre Al-Quaida et Saddam Hussein. C'est-à-dire que 75% des électeurs de Bush sont manipulés au moins sur ça. Et ça ne veut pas dire que les pro-Kerry sont absolument clairvoyants et tout à fait conscients des enjeux de ce vote, il y a certainement autant de démocrates aveuglés que de républicains.
Maintenant, considérant un autre fait : des sondages effectués en Europe montrent que si les Européens avaient dû voter pour l'un des deux candidats, Bush aurait été battu à plate couture. Même au Canada, pourtant fortement américanisé et où la plupart des jeunes sont totalement dépolitisés, vous trouverez rarement un partisan de Bush. Même les chaînes nationales ont un discours clairement orienté vers Kerry.
Alors comment est-il possible que passées la frontière les mentalités changent à ce point ?
Je crois que le peuple américaine est totalement replié sur lui-même, autarcisé. Il est évident qu'il est mal informé, or le rôle de l'information revient aux journalistes, qui ne font donc pas leur travail. Une des plus vieilles démocraties du monde, qui plus est la première puissance économique et militaire, pratique la désinformation et la propagande auprès de ses citoyens. On a affaire à un système complètement perverti et détourné au profit de quelques un et la réélection de Bush ne fait que souligner cette situation, elle n'en est qu'un symptôme. Voilà qui gouverne le monde, Mesdames et Messieurs.

Mutations incertaines de l’économie

http://www.monde-diplomatique.fr/2004/10/SI_ZOUBIR/11558

En 2004, la Chine devrait connaître une progression du produit intérieur brut (PIB) comprise entre 8 % et 9 %. Elle est devenue la première destinataire mondiale des investissements directs étrangers, qui pourraient atteindre, toujours en 2004, le seuil historique des 70 milliards de dollars. Troisième importateur (1) et quatrième exportateur dans le monde, elle a tiré vers le haut la croissance mondiale.

On en parle volontiers comme de l’« atelier du monde », fabriquant des produits bas de gamme. Or, comme le relève Patrick Artus, responsable de la recherche économique chez CDC Ixis Capital Markets, « la Chine devient un producteur compétitif et de qualité dans un nombre de plus en plus élevé d’industries : textile, jouets, acier, construction navale, mais aussi électronique, électroménager, métallurgie, biens d’équipement et, dans le futur, automobile, espace, meubles. La croissance de la production industrielle est particulièrement forte pour l’informatique et l’électronique, l’acier et l’automobile (2) ».

La Chine est-elle pour autant responsable de la destruction de milliers d’emplois en Occident ? « C’est vrai qu’elle attire les délocalisations », reconnaît l’économiste américain Jeremy Rifkin, pour qui l’économie chinoise emprunte les mêmes chemins que ses homologues occidentales. « Mais elle détruit aussi des emplois industriels, rappelle-t-il, et encore plus vite que n’importe quel pays. » Entre 1995 et 2002, son industrie a perdu 15 millions d’emplois, soit 15 % de sa main-d’œuvre de production.

Par ailleurs, sans minimiser la vigueur de l’économie, nombre d’observateurs émettent des doutes sur la fiabilité des statistiques officielles. Selon eux, la croissance du PIB aurait été surestimée entre 1997 et 2002, de manière à ne pas décourager les investisseurs étrangers, et sous-estimée depuis 2003 de manière à accréditer la thèse d’un ralentissement maîtrisé de l’économie. Les interrogations portent aussi sur l’importance de créances douteuses détenues par les banques locales : une menace sérieuse pour la stabilité de l’économie. Pékin affirme que celles-ci représentent moins de 10 % de l’ensemble des créances, alors que les banques d’affaires occidentales les estiment à 30 %, voire à plus de 50 %. En fait, « le manque de transparence généralisé continue à entourer l’économie (3) », explique le journaliste Michel de Grandi. Plusieurs scandales ont déjà ébranlé les Bourses de Shanghaï et de Shenzhen, notamment celui de l’assureur China Life, dont la maison mère a reconnu un trou de 700 millions de dollars dans sa comptabilité. Preuve que la Chine est loin d’être à l’abri des errements du capitalisme mondialisé, un nombre croissant de sociétés nationales sont désormais enregistrées dans des paradis fiscaux comme les îles Vierges ou les îles Caïman.

Autre question abordée par les économistes, anglo-saxons notamment : la parité entre le renmimbi (yuan) et le dollar. Depuis le milieu des années 1990, un dollar vaut 8,28 yuans. Pour les Etats-Unis, cette parité fixe sous-évalue la valeur du yuan et, par conséquent, offre une meilleure compétitivité au made in China au détriment des produits américains. Le déficit commercial entre les deux pays (près de 125 milliards de dollars en faveur de la Chine) viendrait essentiellement de cette sous-évaluation. D’où des pressions récurrentes sur le gouvernement chinois pour qu’il réévalue sa monnaie. Ces gesticulations de Washington masquent l’incapacité de l’économie américaine à rivaliser, dans certains secteurs, avec sa concurrente chinoise, et le penchant du pays à vivre au-dessus de ses moyens. Car, pour financer leur déficit extérieur, les Etats-Unis s’endettent en émettant des titres que la banque centrale chinoise et ses homologues asiatiques achètent. Et, pour entretenir la consommation interne, ils importent les produits chinois à bon marché...

La vie vertueuse du ver de terre

Qu’y a-t-il après la mort ? C’est une question que bien des gens se posent. Enfer ? Paradis ? Une autre vie ? Dans certaines religions, on se réincarne tant que nos actions sur terre sont vertueuses. Que l’on ne fait de mal à personne, par exemple. Il y a parfois une hiérarchie dans la réincarnation : on est plante, puis animal, puis être humain, et enfin on arrive au paradis. Si nos actions dans la vie passée ont été trop mauvaises, on repasse au stade inférieur.
Vous souvenez-vous du film « Sept ans au Tibet » ? Les villageois doivent construire un cinéma mais ils répugnent à creuser la terre de peur de tuer les vers de terre qui y vivent, car ceux-ci pourraient être leurs ancêtres réincarnés.
Quelle vie vertueuse un ver de terre peut-il accomplir pour passer au stade supérieur de la réincarnation ? Un ver de terre, mais aussi tous les animaux et végétaux. Un arbre peut-il être mauvais ? Certains animaux sont plus agressifs que d’autres mais est-ce pour autant de la méchanceté ? Les animaux et les plantes sont-ils dotés d’une conscience ?
Un individu dont le cycle de réincarnations est épuisé et dont l’âme a atteint un état de vertu tel qu’elle peut se libérer de toute vie terrestre, ne devrait-il pas justement se réincarner encore une fois pour aider ceux qui doivent rester sur terre ? Ou peut-être la fin du cycle de réincarnation suppose un état de perfection et la perfection ne peut pas être de ce monde.

Pardonnez-moi pour cette réflexion quelque peut incongrue, et qui porte atteinte à ces religions, en particulier au bouddhisme. Là n’était pas le but, mais ce genre de pensée donne tellement à cogiter… Avec tous ces morts bien réels que l’on voit à la télé ou dont on entend parler autour de nous, la mort paraît parfois omniprésente. J’ai du mal à penser que tout s’arrête d’un instant à l’autre, d’un coup, comme ça.

L'Ecrivain-militant

Arundhati Roy, qui s’est fait connaître internationalement avec Le Dieu des petits riens (God of small Things), offre dans L’Ecrivain-militant, recueil d’essais, une vision de la société actuelle du point de vue de l’Inde, ou plutôt d’une Inde qui se veut objective face à ses problèmes et consciente du sort des plus démunis.
Politique des grands barrages, discrimination voire génocide des populations musulmanes, héritage des actions non-violentes de Gandhi… Mécanismes du pouvoir, de la corruption et des accords imposés par les grandes entreprises occidentales… Tout ça, je n’en savais rien. Comment un pays pauvre économiquement, mais immense de part ses disparités culturelles et les richesses qu’elle en tire, se situe dans une société de mondialisation où tout est dicté par les grandes puissances. Comment résister, se faire entendre, survivre même quand tout le monde a décidé du contraire. Comment prouver que ce tout le monde est en fait minoritaire et qu’il a beaucoup plus à apprendre de ce pays que ce qu’il prétend lui apporter.
Ca y est, j’ai la réponse. Je pars au Canada pendant neuf mois. Enfin, si j’arrive à vaincre l’épreuve des papiers à obtenir à l’ambassade et au service d’immigration et à la fac et à la banque… Trouver quelqu’un pour loger dans mon studio quand je ne serai pas là, trouver un logement sur place, ouvrir un compte en banque, être en règle avec l’université locale… Mais ça fait un an que l’idée me trotte dans la tête : partir un an à l’étranger pour poursuivre ses études, qui n’en rêverai pas ? Oui, bon, d’accord, beaucoup ne souhaitent pas le faire, de peur de laisser ce(ux) qu’ils ont ici. Et c’est là tout le problème en fait. Sur le coup on ne pense qu’aux avantages, passer une année dans une super fac, un super pays, des gens supers…Une expérience à ne pas louper, quoi, sauf que quand vous savez que vous allez partir, les choses se gâtent. Tout le monde vous dit que ce que vous faites est génial et qu’il faut en profiter, surtout les personnes les plus proches, mais vous voyez parfaitement dans leur regard cette pointe d’amertume qu’ils ont à l’idée que vous allez les quitter. Et là, comme une claque en pleine figure, une vague de culpabilité s’empare de vous : vous les abandonnez au moment où ils ont le plus besoin de vous. Mais maintenant c’est trop tard pour reculer, vous vous en voudriez toute votre vie d’abandonner une opportunité comme celle-là, vous vous êtes battus pour remplir votre dossier, vous l’avez mérité, cette place ! Et puis vous ne pouviez pas prévoir que ce qui est arrivé arriverait, que les choses ne sont plus pareilles maintenant et qu’elles rendent votre départ beaucoup plus difficile.
Que se passera-t-il quand vous serez là-bas ? Les gens, les expériences, la vie… Que se passera-t-il pour eux quand vous serez là-bas ? Et quand vous rentrerez, neuf mois après ? Evidemment il y a 90% de chances pour que les relations ne soient plus les mêmes. Dans le mauvais sens, vous savez très bien de quelle genre de relations je veux parler.
Ma décision est prise, je pars, mais avec le sentiment d’avoir trahi.
Alors ça marche comme ça ? Des centaines de milliers de morts et des gouvernements qui s’enferment dans leur fierté en refusant obstinément de reconnaître leur responsabilité ? Indigné, offensé, le petit secrétaire d’Etat ? Il fallait bien qu’il s’y attende, le peuple rwandais vit dans le souvenir du génocide depuis dix ans et tout le désespoir qui va avec. Et il trouve encore le moyen d’étaler son orgueil en partant quelques heures plus tôt comme si de telles accusations étaient insupportables… Le fait que Kagamé soit soupçonné d’avoir joué un rôle dans l’attentat contre le président Habyarimana, c’est une autre affaire. En ce qui concerne son attitude envers la France il a osé dire ce que beaucoup pensent, à commencer par les Rwandais, qui sont les premiers concernés pour autant que je sache.
Les 800 000 morts et leurs familles, qu’est-ce qu’ils en font de leur orgueil ?

« Incident diplomatique »

Hier, pendant la commémoration du génocide qui s’est déroulé il y a dix ans, le président rwandais Paul Kagamé a critiqué les Français qui « ont l’audace de rester là sans s’excuser ». Indigné, le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Renaud Muselier, qui représentait la délégation française, a écourté son séjour dans le pays. Le président Kagamé accuse le gouvernement français d’avoir « armé et entraîné sciemment les soldats gouvernementaux et les milices qui allaient commettre un génocide, alors même qu'il savait qu'ils préparaient ce génocide ».
Parmi les pays mis en cause dans le génocide rwandais, la France est le seul pays à ne pas avoir présenté d’excuses au peuple rwandais. Seule la Belgique a envoyé un haut dirigeant pour représenter le pays, à savoir le premier ministre.
« Leurs menaces et leurs efforts pour nous intimider ne m'impressionnent pas» : Paul Kagamé a ainsi fait directement allusion à la publication dans le journal Le Monde, d’un rapport l’accusant d’être à l’origine de l’attentat dans lequel le président hutu Juvénal Habyarimana a trouvé la mort et qui avait marqué le début du génocide.
Au moins 800 000 personnes tuées à la machette en un mois.
Qu’en disait-on il y a dix ans ?
La France n’ose même pas reconnaître sa responsabilité. Alors quant à demander pardon…

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